Un an déjà : le portage, une passion, une communauté

Il y a un an, je me lançais dans la création du blog À hauteur de bisous, sentant grandir en moi la passion du portage et l’envie de partager cette expérience avec d’autres parents. Aujourd’hui, ce désir est toujours bien présent mais il s’est affirmé au fil de l’évolution de notre relation mère-enfant et des rencontres que j’ai faites. J’ai aujourd’hui la conviction que le lien que j’ai tissé avec mon fils, grâce à ce que certains nomment le « maternage proximal », est un bien précieux qui survivra à nos années de portage et qu’il portera toujours en lui comme un héritage à transmettre à ses propres enfants.

Mon parcours de porteuse a été marqué par le tout premier contact en peau à peau avec mon bébé dans une écharpe extensible, puis par l’apprentissage (souvent difficile) du portage au dos dans des écharpes tissées, sans oublier la découverte des fibres les plus douces et aussi des plus résistantes pour envelopper mon enfant et le suivre dans les différentes étapes de sa croissance.

En portage, mon fils a voyagé au bout du monde, dans les aéroports, les bateaux et les bus, dans les sentiers, les forêts, les montagnes et les plages, comme dans sa chambre où j’ai aussi passé des heures à le bercer, endormi contre moi et enveloppé de tissu et d’amour. En portage, il a fait nombre de ses premières découvertes, gouté aux premiers flocons de neige de l’hiver canadien puis, l’été arrivé, à son premier cornet de crème glacée. En portage, il se sent immédiatement apaisé quand tout autour de lui semblait le frustrer, il aime pointer du doigt tout ce qui l’émerveille lors de nos promenades et il tend son cou de plaisir pour recevoir une avalanche de baisers qui le font rire aux éclats. Quand il a commencé à vouloir marcher pour explorer le monde à sa hauteur, il n’a pas cessé pour autant de me sourire, le regard plein de complicité, lorsque je lui montrais une écharpe et lui proposais de revenir se percher dans mon dos.

Le quidam qui m’observe à présent nouer mon écharpe pour la première fois s’extasie souvent devant la tranquillité de mon fils et devant l’évidence qu’il se sent bien et heureux. Je n’ai jamais reçu de commentaires négatifs ouvertement, même s’il est vrai que les regards sont parfois curieux et peut-être même un peu impressionnés. Quelques étrangers m’ont parfois gentiment demandé si j’avais besoin d’aide en me voyant faire mon nouage. Je ne l’ai jamais interprété comme une inquiétude de leur part mais plutôt comme une bienveillance à l’égard d’une jeune maman (sans qu’ils aient évidemment la moindre idée de comment s’y prendre si j’avais effectivement du leur demander de m’aider… ah!).

Le portage, c’est aussi toute une communauté de parents qui s’est ouverte à moi, des gens avec qui je me sens bien, qui comprennent et respectent mon choix de parentalité. J’ai eu la chance de faire des rencontres assez remarquables, que ce soit dans les groupes locaux de portage que dans les groupes de « fans » de certaines marques. Que nous soyons dans la même ville ou qu’un océan (ou plusieurs!) nous sépare, nous avons partagé bien plus que des images de portage. Nous nous sommes soutenus dans les moments plus difficiles du quotidien, nous sommes donnés des conseils, échangés des fourires, des tranches de vie. Le portage, c’est une communauté tissée serrée, le plus souvent faite de solidarités, mais parfois aussi de jugements et de controverses comme il en existe malheureusement dans tous les groupes de parents. La question de l’appropriation culturelle et de l’invisibilisation des groupes minoritaires a définitivement représenté un enjeu de taille dans les polémiques plus récentes, et a même créé une scission entre les parents porteurs de ma ville (voir mon article sur le sujet). Il y a encore fort à faire pour déconstruire les stéréotypes et pour reconnaitre une place légitime aux parents porteurs de couleur dans nos communautés.

Au fur et à mesure de mes implications dans les groupes sur les médias sociaux, je me suis aussi rapidement aperçue qu’à moins de vivre au Québec, l’offre d’éducation au portage pour les parents francophones en contexte minoritaire au Canada est aussi très réduite. Les groupes d’entraide et d’échange locaux sur Facebook sont exclusivement en langue anglaise. Lorsque l’on est pas aussi habile dans la langue de Shakespeare que d’autres, il n’est alors pas aisé de trouver sa place « légitime » dans la communauté. Certains sont plus à l’aise de se « montrer » en portant et de poser leurs questions, de demander de l’aide et d’en recevoir. Par exemple, au lieu de trouver des solutions pour favoriser l’accès aux francophones à des rassemblements de portage, on s’étonne de leur absence et on leur fait porter la responsabilité de leur absence. Si les francophones ne participent pas à tel évènement, ou du moins en plus petit nombre, cela est interprété comme un manque d’intérêt. Pourtant, cette compréhension manque de se questionner sur les véritables raisons (liées aux rapports majoritaire/minoritaire linguistiques au Canada) qui provoquent parfois une faible mobilisation, alors que ces parents porteurs francophones sont bel et bien nombreux et actifs dans la région.

La question du rapport de pouvoir linguistique est omniprésente mais elle demeure pourtant absente des discussions actuelles. Participer à l’organisation d’un salon de portage « canadien » dans la Capitale nationale m’a poussée plus récemment à réfléchir davantage à cette problématique et à réaliser que ce problème est un enjeu de taille sur lequel il conviendrait de se pencher si l’on veut grandir comme communauté. Et c’est sur cette pensée critique, mais pleine d’espoir pour une réflexion approfondie à faire ensemble à l’avenir, que j’aimerais terminer mon billet d’humeur du blog en cette semaine internationale du portage.

Merci de suivre le blog À hauteur de bisous depuis un an et d’avoir partagé vos photos et vos plus beaux témoignages sur la page Facebook cette semaine ! Votre soutien et vos commentaires sur les articles sont toujours super appréciés 😉

Je vous souhaite de magnifiques moments de portage,

Virginie
À Hauteur de Bisous

marley pic

Photo prise par la talentueuse Marley Clark chez Marley Felicia Photography

 

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